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  • Benoit Bail

Tennessee Whiskey Part.1

Qu'est-ce que le Tennessee Whiskey? Est-ce un bourbon? Est-ce autre chose? Quelles différences avec les autres "american whiskeys"?

Et si je vous répondais à ces questions...


Tout d'abord, ce sont les mêmes instructions de fabrication que pour le bourbon, complétées par quelques exigences supplémentaires, qui s'appliquent également au Tennessee Whiskey. Il ne s'agit en aucun cas d'une pure appellation d'origine, mais d'une catégorie de produits indépendante avec un ensemble de règles spécifiques, dont le plus important représentant, Jack Daniel’s, a considérablement pris la première place parmi les whiskies américains les plus vendus au monde.

En 2021, Brown-Forman, la société mère de Jack Daniel’s, a vendu pas moins de 13 millions de caisses de neuf litres dans le monde entier. Cependant, ces chiffres fulgurants n'étaient pas toujours aussi impressionnants, par exemple en 1970, Jack Daniel's en était encore à 650 000 caisses, avant de pouvoir enregistrer des gains notables d'année en année et de grimper dans les classements. En terme de volume, l’écossais Johnnie Walker, qui trône toujours aux avant-postes avec 19,2 millions de caisses vendues dans le monde en 2021, donne du fil à retordre à son compère américain.


Dans toutes ces comparaisons, cependant, on peut remettre en question la méthode de comptage. Si l’on ajoutait au compte de Jack Daniel's, tous les produits complémentaires proposés sous la marque tels que le Tennessee Honey, le Gentleman Jack ou le Single Barrel et incluions également tous les prémixes en cannettes disponibles dans les kiosques et supérettes, à ces statistiques, alors Jack Daniel's arriverait à plus de 23 millions de caisses par an et même Johnnie Walker resterait dans l’ombre.

La comparabilité est donc très dépendante de l'interprétation des statistiques et tout le portefeuille de Jack Daniel's et de Johnnie Walker pourrait être pris en compte dans ce calcul, mais ceci n’est au final pas le sujet du jour.

Au final, peu importe qui revendique le trône parmi les whisk(e)ys du monde, on peut clairement affirmer que les deux sont extrêmement performants et ne diffèrent pas trop l'un de l'autre dans leurs positions dominantes respectives sur le marché.


Aujourd’hui, près de 99% de tous les whiskies du Tennessee vendus proviennent de chez Jack Daniel's. George Dickel, le second producteur bien connu de la région, a déjà un sérieux retard en ce qui concerne les chiffres de vente et en ce qui concerne les « micro-distilleries » telles que Prichard's, Corsair, Nelson's Green Brier, Chattanooga, H Clark, Old Forge ou encore Uncle Nearest, qui ont été créées il n'y a pas si longtemps, n’en parlons même pas.


Le fait que jusqu'à récemment, il ne restait que deux distilleries de whisky actives dans le Tennessee, malgré sa très longue tradition dans le commerce des alcools, a également beaucoup à voir avec les lois locales et la politique.

Après la prohibition, aux États-Unis, on donne aux différents pouvoirs administratifs au niveau municipal et étatique la possibilité de pouvoir déterminer de manière totalement autonome dans quelle mesure l'alcool peut être consommé, vendu ou produit dans leur zone d'influence.

Cette liberté individuelle était autrefois installée comme une concession politique aux partisans d'une interdiction de l'alcool imposée par l'État, qui dans certains endroits, en particulier dans les zones rurales, est restée inébranlable.

En conséquence, pendant longtemps dans le Tennessee, la production d'alcool n'était autorisée que dans trois des 95 comtés: celui de Lincoln, de Moore et dans le comté de Coffee.


C’est seulement depuis 2009 que ceci s’est peu à peu libéralisé et maintenant la production de spiritueux n’est officiellement sanctionnée que dans 44 des 95 comtés, bien qu'il existe encore des cas comme Jack Daniel's (Lynchburg dans le comté de Moore) où la production est tolérée mais les ventes locales soumises à de sévères restrictions.

Prenons l’exemple de Corsair, qui a profité de cette nouvelle opportunité pour implanter sa deuxième usine de fabrication (la première est située juste au nord de Bowling Green, la troisième plus grande ville du Kentucky avec 65 000 habitants) à Nashville, capitale du Tennessee. L'expansion s'est avérée tout à fait juste pour Corsair en raison de l'emplacement stratégiquement important dans l'un des rares centres urbains de l’État, qui se caractérise par ailleurs par l'agriculture, la « nostalgie sudiste » et l'histoire de la musique, et l’offre timide de visites de distillerie, qui deviennent également de plus en plus populaires dans le Tennessee.

L'équipe de production, qui a reçu de nombreuses récompenses pour sa richesse d'idées, a depuis pu produire des embouteillages comme le Triple Smoke, le Ryemageddon, l'Oatrage, le Quinoa ou le « Insane in the Grain » de manière autonome à deux endroits différents. Les distilleries peuvent fonctionner en alternance à tout moment, la production de whiskey ayant généralement lieu à Nashville alors que la production dans le Kentucky sera plus concentrée sur des eaux-de-vie non-vieillies. Corsair possède ainsi deux sites (à un peu plus de 100 kilomètres l'un de l'autre) dans les deux États leaders dans le domaine des whiskies américains. Une configuration de luxe qui normalement n’est réservée qu’aux grands groupes de l'industrie comme Brown-Forman (Jack Daniel's, Old Forester, Woodford Reserve), Diageo (Bulleit, George Dickel, Stitzel-Weller) ou encore Sazerac (Buffalo Trace, Barton 1792 et l'acquisition de la distillerie Popcorn Sutton à Newport, dans l'est du Tennessee, en bordure des Appalaches en 2016).

Mais revenons au sujet en question, si vous le voulez bien… Aujourd’hui, si vous trouvez l'inscription Kentucky Whiskey sur une étiquette, vous avez la certitude que ce whiskey a bien été distillée dans le Kentucky. En ce qui concerne le vieillissement, cette information vous indique que le distillat doit avoir passé au moins une année complète dans cet État, ce qui est garanti par la loi de l’État.

Par contre, dans l’état d'origine de Jack Daniel's et de George Dickel, cette règle est encore plus stricte, de sorte qu'un produit déclaré comme Tennessee Whiskey doit avoir passé toute la période de la distillation à la mise en bouteille à l'intérieur des frontières de l'État du Tennessee depuis la création d’une réglementation adoptée en 1937. Un transport intermédiaire vers un autre État entraînerait donc une perte irrémédiable de cette appellation d'origine finalement très convoitée.


De plus, jusqu’à un amendement de 2018, le vieillissement devait même avoir lieu dans le même comté que la distillation afin de pouvoir appeler votre produit Tennessee Whiskey. C'était une limitation importante et très contraignante, en particulier pour les distilleries dans les zones urbaines et en raison du manque d'espace et des prix fonciers plus élevés, mais qui appartient désormais au passé.


Se rajoute à ça le fait qu’un Tennessee Whiskey doit répondre à toutes les exigences légales existantes d'un « straight bourbon », ce qui exclut bien évidemment tout additif à l'exception de l'ajout d'eau et doit garantir un âge minimum de deux ans avec une indication d’âge (par exemple 30 mois, trois ans…) jusqu’à 4 ans. Au delà de quatre années de vieillissement, la mention d’âge n’est plus requise.



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